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La structure de l’orbite humaine (cavité osseuse dans laquelle se trouve le globe oculaire) est unique quand on la compare à celle des autres hominoïdes (https://fr.wikipedia.org/wiki/Hominoidea) et pourrait avoir évolué pour permettre une expansion du champ visuel latéral d’après une étude publiée dans la revue Scientific Reports dont la suite vient d’être publiée dans la même revue.
Les travaux dont il est question ici ont été menés avec le soutien de l’unité Inserm 1075 “COMETE” par le Docteur Eric Denion et ses collaborateurs :
-Frédéric Mouriaux, professeur des universités-praticien hospitalier au CHU de Rennes.
Martin Hitier, maître de conférence des universités-praticien hospitalier ORL au CHU de Caen
-Vincent Guyader, statisticien indépendant
-Audrey-Emmanuelle Dugué, statisticienne au Centre François Baclesse,
-Eric Levieil, mathématicien et informaticien
Le Docteur Denion et ses collaborateurs ont comparé les orbites de 100 crânes humains et 120 crânes de singes hominoïdes. Ils ont montré que les humains et les gibbons avaient une orbite moins convergente (moins frontale) que celle des chimpanzés/bonobos, gorilles et orang-outans. Ils ont aussi montré que l’orbite humaine a le rapport largeur/hauteur le plus grand parmi les hominoïdes. Ces éléments suggèrent une morphologie permettant une meilleure vision latérale chez les humains par rapports aux singes hominoïdes. Mais surtout, les auteurs rapportent que le rebord latéral de l’orbite humaine a une position beaucoup plus postérieure que celle des singes hominoïdes (figure 1).

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Figure 1 : un bouchon plat (ici en carton) ne permet pas d’obturer l’orbite humaine (a et a’) de façon satisfaisante. De profil on voit donc un espace important entre le rebord latéral de l’orbite et le bouchon (a’). Chez les chimpanzés/bonobos (b et b’), les gibbons (c et c’), les gorilles (d et d’) et les orang-outans (e et e’), l’espace entre le rebord latéral de l’orbite et le bouchon est nettement moins important : le bouchon obture davantage l’orbite.

Le globe humain dont la position est très antérieure dans l’orbite tire profit de ce rebord latéral reculé qui n’interfère pas avec la vision, même quand le globe est porté en dehors (en abduction). Les humains peuvent ainsi nettement augmenter leur perception latérale de l’espace (leur champ visuel) grâce à leurs mouvements oculomoteurs. Grâce à un modèle mathématique consistant à modifier l’orbite humaine de sorte qu’elle ait la morphologie de celle d’un singe hominoïde (ex : modification de type chimpanzé ou gorille = « chimpanziforme » ou « gorilliforme »), les auteurs ont pu comparer le gain de champ visuel latéral obtenu grâce aux mouvements latéraux de l’œil.Le modèle mathématique montre que, conformément aux données d’une précédente publication les humains peuvent étendre leur champ visuel jusqu’à 136.1° avec les mouvements oculaires.

Ainsi, en bougeant les yeux de chaque côté sans bouger la tête les humains peuvent percevoir jusqu’à 270° soit ¾ de cercle de champ visuel. Comparativement, le modèle mathématique montre que l’orbite modifiée de type « chimpanziforme » ou de type « gorilliforme » ne permettent d’obtenir respectivement que 115° ou 104.3° de champ visuel latéral avec les mouvements oculo-moteurs (figure 2).

Figure-2

Figure 2 : le modèle mathématique permet de montrer que les mouvements oculo-moteurs latéraux permettent beaucoup plus d’extension de champ visuel pour l’orbite humaine que pour l’orbite modifiée « chimpanziforme » ou « gorilliforme ».

Le large champ visuel latéral des humains, nettement élargi par les mouvements oculo-moteurs pourrait avoir évolué suite à l’affirmation du caractère bipède de la lignée humaine et au déplacement des humains au sol où leurs cibles visuelles sont plutôt horizontales et non pas dans les arbres où elles sont dans toutes les directions. D’un autre côté, le recul important du rebord latéral de l’orbite protège moins l’œil. Mais les humains habitent dans des environnements ouverts où leur risque de traumatisme est sans doute moins important que celui que représentent les branchages d’une forêt tropicale.
Le gain important de champ visuel latéral si caractéristique de l’humain est annulé par le port de lunettes à branches très larges, comme une précédente publication l’a souligné. Le port de telles lunettes devrait donc probablement être évité au volant et est d’ailleurs interdit dans l’état de Californie.